Comment se présenter en langue des signes ?

8 minutes
Se présenter en langue des signes ne se limite pas à épeler son prénom. Regard, prénom signé, ordre des informations : la LSF obéit à des codes culturels précis, rarement expliqués en détail. Voici comment se présenter correctement, étape par étape, avec un exemple concret et les erreurs à éviter.
Table des matières

🔎 En bref

Le contact visuel avant tout : on ne signe jamais sans s’assurer que son interlocuteur regarde.

Indiquer sa situation auditive (sourd, malentendant, entendant signant) est la première étape d’une présentation.

Le prénom signé ne se choisit pas soi-même : il est offert par la communauté sourde, jamais auto-attribué.

L’ordre logique : situation auditive → identité → origine → âge → métier/famille.

En contexte professionnel, le registre se formalise (accueil, entretien, vidéo-LSF).

Avant de signer : les codes culturels à connaître

Avant même de parler du contenu d’une présentation, il faut comprendre une chose essentielle : en LSF, la communication passe par le regard. Cela change plusieurs habitudes que l’on tient pour acquises en français oral.

Le contact visuel est indispensable. On ne commence jamais à signer sans s’assurer que son interlocuteur nous regarde. Détourner les yeux en pleine phrase, c’est un peu comme couper le son au milieu d’une conversation orale. Le message se perd.

L’espace de signation compte. La zone dans laquelle on signe se situe généralement entre le haut de la tête et la taille, dans un espace assez restreint autour du buste. Se tenir trop loin ou trop près de son interlocuteur rend la lecture des signes difficile.

Pour attirer l’attention, on ne parle pas : on touche légèrement l’épaule, on agite la main dans le champ de vision, ou on tape doucement sur une table pour faire ressentir la vibration. Ce sont des réflexes à intégrer, notamment si l’on évolue dans un cadre professionnel amené à accueillir des personnes sourdes.

Une fois ce cadre posé, la présentation en elle-même peut commencer.

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Indiquer sa situation auditive

Première étape d’une présentation en LSF : préciser si l’on est soi-même sourd, malentendant, ou entendant signant (c’est-à-dire une personne entendante qui pratique la LSF). Ce point n’est pas un détail. Il conditionne souvent la suite de l’échange, notamment le rythme et le niveau de simplification employés par l’interlocuteur.

Chaque situation possède un signe dédié, appartenant au vocabulaire de base de toute personne qui débute son apprentissage. C’est l’un des tout premiers éléments enseignés dans un cours de LSF, avant même le prénom.

Se présenter : nom, prénom et signe d’identité

Les formulations de base

Trois structures reviennent le plus souvent pour introduire son identité en LSF :

  • « je suis » + prénom
  • « je m’appelle » + prénom
  • « mon prénom » + prénom

Le prénom peut être épelé grâce à l’alphabet dactylologique (l’alphabet manuel), lettre par lettre. C’est la méthode de base, indispensable à maîtriser, mais elle n’est pas la seule.

Le prénom signé : un code culturel à respecter

Ce que beaucoup de débutants ignorent, c’est qu’au sein de la communauté sourde, la plupart des personnes possèdent un prénom signé — aussi appelé signe de baptême — en complément (ou à la place) de l’épellation. Il s’agit d’un signe unique, généralement construit à partir d’un trait physique, d’une habitude ou d’un élément marquant de la personnalité de l’individu.

Le point culturel essentiel à retenir : un prénom signé ne s’attribue jamais soi-même. Il est donné par un membre de la communauté sourde, le plus souvent après avoir côtoyé la personne pendant un certain temps. Si vous débutez en LSF, il est donc normal de continuer à épeler votre prénom pendant un moment, en attendant, éventuellement, de recevoir un signe de la part de vos interlocuteurs sourds. Vouloir s’inventer un prénom signé soi-même est perçu comme une maladresse, voire un manque de respect envers cette tradition.

Se présenter en LSF en vidéo

Situer son origine

Parler de son pays ou de sa région d’origine fait naturellement partie d’une présentation complète. En LSF, chaque pays possède son signe propre, souvent inspiré d’un élément culturel, historique ou géographique associé à ce pays plutôt que d’une simple traduction. 

Les régions et grandes villes françaises ont, elles aussi, leurs signes spécifiques, qu’un parcours de formation permet de découvrir progressivement.

Parler de son âge et de sa date de naissance

Pour indiquer son âge ou sa date de naissance, on utilise généralement la formule « je suis né(e) » suivie de la date, ou directement le signe correspondant à « âge » suivi du chiffre concerné. La maîtrise des chiffres est donc un prérequis incontournable pour compléter cette partie de la présentation. Un point sur lequel il vaut mieux ne pas improviser, la gestuelle des nombres en LSF suivant une logique différente du français.

Parler de son métier et de sa famille

Le métier fait partie des informations quasi systématiquement échangées lors d’une présentation. La plupart des signes de métiers sont iconiques : ils miment un geste caractéristique de la profession plutôt que de traduire le mot littéralement. 

Par exemple, le signe pour « infirmier » évoque une croix tracée sur le bras, celui de « dentiste » mime le geste d’examiner les dents avec l’index replié et celui d’« interprète » reproduit un mouvement de va-et-vient entre les mains, symbolisant la traduction d’une langue à l’autre. C’est aussi le cas du vocabulaire familial, très utilisé pour évoquer son entourage proche (parents, fratrie, enfants).

Deux femmes pratiquant la langue des signes

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Exemple complet : une présentation en LSF, étape par étape

Pour visualiser comment tous ces éléments s’articulent, voici un exemple de présentation simple, telle qu’elle pourrait se dérouler entre deux personnes qui se rencontrent pour la première fois :

  1. Établir le contact visuel et attendre que l’interlocuteur soit disponible pour signer.
  2. Indiquer sa situation auditive : par exemple, le signe pour « entendant » (mouvement de frottement du majeur près de l’oreille).
  3. Se présenter : « je m’appelle » suivi de l’épellation du prénom lettre par lettre à hauteur de poitrine.
  4. Indiquer son origine : le signe du pays ou de la ville, suivi éventuellement d’un geste de provenance.
  5. Donner son âge : le signe « âge » suivi du chiffre correspondant, les deux mains formant les nombres selon les règles de configuration.
  6. Évoquer son métier : le signe iconique du métier concerné, complété si besoin par une épellation en cas de profession moins courante.
  7. Clore l’échange avec un signe de politesse, en maintenant le contact visuel jusqu’à la fin de l’interaction.

Cet enchaînement peut sembler long à l’écrit, mais dans la pratique, une présentation complète en LSF prend rarement plus d’une trentaine de secondes une fois les automatismes acquis, un peu comme à l’oral.

Se présenter en LSF dans un contexte professionnel

C’est un aspect que l’on retrouve rarement traité en détail dans les guides généralistes sur la LSF, alors qu’il concerne un nombre croissant de métiers : accueil, secteur médico-social, éducation, commerce, ressources humaines. Se présenter en LSF dans un cadre professionnel obéit à des codes légèrement différents d’une présentation personnelle.

  • Le registre change. On privilégie un vocabulaire plus formel, avec des formulations adaptées à l’accueil d’un client, d’un patient ou d’un candidat sourd, par exemple lors d’un entretien d’embauche mené en LSF ou de l’accueil d’une personne sourde dans un service administratif.
  • Le contexte impose une rigueur supplémentaire. Dans un cadre professionnel, une présentation mal maîtrisée peut être source de malentendus impactant directement la qualité de service ou l’expérience du candidat/patient. Se présenter avec assurance, en respectant l’ordre logique des informations (identité, fonction, rôle dans l’échange) devient un vrai atout professionnel.
  • La vidéo entre en jeu. De plus en plus d’échanges professionnels en LSF se font désormais en visioconférence ou par vidéo-LSF (candidature filmée, message d’accueil, tutoriel accessible). Cela suppose de savoir se présenter face caméra, avec un cadrage et un éclairage adaptés à la bonne lisibilité des signes.

C’est précisément l’un des axes travaillés dans le programme de la formation LSF de L’École Française, qui consacre un module entier à la pratique de la LSF en milieu professionnel : accueil de personnes sourdes, vocabulaire administratif, entretiens d’embauche, et préparation d’une vidéo-LSF professionnelle.

Les erreurs fréquentes à éviter

Quelques réflexes de débutant reviennent souvent et méritent d’être corrigés dès le départ :

  • Vouloir traduire mot à mot depuis le français. La LSF a sa propre grammaire et son propre ordre syntaxique ; calquer la structure du français rend le message confus pour un interlocuteur sourd.
  • Rompre le contact visuel en cours de signature, ou regarder ses mains plutôt que son interlocuteur.
  • S’attribuer soi-même un prénom signé, plutôt que d’attendre qu’il soit donné par la communauté sourde.
  • Signer trop vite ou de façon trop petite, en particulier en début d’apprentissage, ce qui nuit à la lisibilité.
  • Négliger l’expression du visage, qui fait pourtant partie intégrante de la grammaire de la LSF, notamment pour nuancer une phrase ou poser une question.

FAQ

Faut-il un niveau avancé en LSF pour réussir sa présentation ? 

Non. Se présenter fait partie des toutes premières compétences enseignées, généralement accessibles dès les premières semaines d’apprentissage.

Le prénom signé est-il obligatoire pour se présenter ? 

Non, l’épellation du prénom suffit parfaitement pour se présenter. Le prénom signé est un usage culturel qui peut venir enrichir l’échange avec le temps, mais il n’est jamais une obligation ni quelque chose que l’on choisit soi-même.

Les signes sont-ils les mêmes dans toute la francophonie ? 

Non. La LSF n’est pas universelle, possède ses propres variantes régionales et n’est pas la même langue que la langue des signes québécoise ou d’autres langues des signes internationales, même si des passerelles existent.

Peut-on apprendre à se présenter en LSF en ligne ? 

Oui, c’est l’un des tout premiers modules abordés dans une formation LSF à distance, avant d’aller vers des notions plus complexes de grammaire et de vocabulaire spécialisé.

Aller plus loin avec une formation certifiante

Savoir se présenter est une porte d’entrée vers la LSF, mais une vraie autonomie de communication demande un apprentissage structuré : grammaire, vocabulaire spécialisé, pratique avec des mentors experts et préparation à une certification reconnue.

La formation Langue des Signes Française de L’École Française permet d’atteindre un niveau A2, en 3 à 5 mois, 100% en ligne et à son rythme. Elle prépare à la certification LILATE « Test d’aptitude à travailler en langue des signes » (RS6796), enregistrée par France Compétences, et peut être financée jusqu’à 100% via le CPF. Un module dédié à la LSF en milieu professionnel permet en plus d’appliquer ces compétences dans un cadre concret : accueil, entretiens, vidéo-LSF.

Une formation accessible à tous, sans prérequis, pour transformer une simple présentation en une vraie compétence de communication inclusive.

Alice
Alice a à cœur d’offrir les meilleurs conseils en formation professionnelle à travers ses articles. Son but ? Accompagner au mieux toutes les personnes en quête d’épanouissement professionnel.

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